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26 janvier 2014

[Words] Châtiment de chair

Je vous retrouve pour quelque chose de très particulier puisque je ne vais parler ni beauté ni cuisine mais nouvelle...et plus précisément écriture puisque comme vous êtes nombreux à le savoir, j'adore écrire et je ne peux pas concevoir ma vie autrement. 

Je vais donc découvrir ma partie sombre et vous la dévoiler à travers une nouvelle que j'ai écrite et qui est d'un style relativement noir...(d'autres suivront si il s'avère que vous appréciez ce genre de billets) Un style que j'affectionne tout particulièrement! Si vous n'êtes pas adeptes de ce genre de lectures, il serait peut-être préférable de passer votre chemin...sauf si vous êtes curieux et que vous n'avez pas peur de plonger en plein dans le côté sombre d'une blogueuse beauté :-)

Je me réjouis d'avoir vos commentaires et vos critiques afin de m'améliorer et d'agrandir encore et toujours mon univers alors n'hésitez pas à me faire part de vos remarques!





Châtiment de chair



Jeff s’apprêtait à prendre son élan pour sauter dans le puits quand il fut extirpé de son sommeil par un bruit sourd qui avait fortement pénétré son oreille et qui se diffusait à ses tempes. Les paupières lourdes, il tentait d'entrevoir la scène qui se déroulait au pied de son lit, dans une obscurité et un calme effrayants.

- Attache-le pendant qu'il est encore dans le cirage! Sifflla une voix rauque.
Il sentit des mains d'acier lui tordre les bras dans le dos et l'entraver avec une force fulgurante.

Lorsqu'il parvint enfin à reprendre connaissance, il avait les chevilles soudées aux pieds d'une chaise, ses bras, toujours maintenus dans le dos, le lancinaient et parsemaient sa nuque de crampes paralysantes.
Margaret était dans le lit, couchée sur le dos, un bâillon sur la bouche, nue et complètement inerte. Jeff cru un instant qu'elle était sans vie, mais sa respiration saccadée mis fin à ses doutes. Des larmes avaient coulées le long de ses cheveux qui étaient à présent collés à son crâne. Il n'arrivait pas à croiser son regard. Ses yeux verrouillés par la peur la coupaient de tout contact avec lui.

Un homme, dont il apercevait seulement la carrure imposante, se tenait dans un coin sombre de la chambre à coucher. Le point rouge qui scintillait régulièrement à la hauteur de ses lèvres indiqua à Jeff qu'il fumait. Il fut surpris de ne pas sentir l'odeur du tabac, d'habitude si agressive à son égard, et compris vite que sa cavité nasale avait été fracturée et que l'engourdissement qui lui mangeait le visage.

Il était sur le point de prononcer quelques mots quand la porte de la chambre s'ouvrit et qu'il vit apparaître un homme assez petit, trapu et qui dégageait une excitation malsaine.

- J'ai pris deux bières. Tout est éteint  chez les voisins. On est tranquilles pour la nuit.
- Nous allons passer aux choses sérieuses, ajouta l’homme de l’ombre.

Le temps s’écoulait avec une telle lenteur que Jeff avait l’impression de perdre toute notion de la réalité. Cette sensation était accentuée par ses multiples pertes de connaissance et les coups qu’il recevait ponctuellement.
Il entendait Margaret gémir de douleur, pleurer de façon continue et murmurer des phrases dont il n’arrivait plus à percevoir le sens depuis quelques heures.
Il savait que les deux intrus dans sa maison la violaient à tour de rôle, quand ils ne s’acharnaient pas sur lui à coups de couteau et à coups de poing.
Les heures qui défilaient ne faisaient qu’accentuer son envie de supplier ses agresseurs de mettre fin à ses souffrances et à celles de sa femme.

Ce sont les sirènes qui hurlaient au loin qui le sortirent de son immobilité. Un goût métallique s’était répandu dans sa bouche. Ses yeux enflés ne lui laissaient plus qu’une fente pour percevoir les quelques rayons de soleil qui commençaient à baigner la chambre, et Margaret recroquevillée au bord du lit, méconnaissable, le combiné téléphonique à la main.

Jeff passa deux jours en soins intensifs. Les efforts des médecins n’étaient pas venus à bout de ses graves blessures et de l’hémorragie interne qui avait fini par l’emporter alors qu’il revivait sa première rencontre avec Maggie.
Les blessures de Margaret étaient moins graves mais nécessitaient un temps d’hospitalisation important qui l’immobilisa pendant trois mois. Son corps traumatisé commençait à voir s’effacer les traces de l’agression alors que son esprit cadenassé par la colère et la haine ne pouvait se détacher de cette nuit d’horreur. Jeff n’avait pas survécu et la femme qu’elle était alors, non plus.

A sa sortie de l’hôpital, Margaret se sentait comme un papillon auquel on aurait coupé les ailes. Elle peinait à marcher, à respirer, à côtoyer cette masse de gens qui la frôlait, la bousculait et parfois la traversait de son regard vide et noir.
Elle n’avait pas trouvé le courage de retourner à leur appartement et avait donc loué une petite chambre dans un hôtel quelconque et sans charme. Les 500 000 dollars octroyés par l’assurance pour le décès de Jeff lui permettaient une certaine forme d’anonymat et une invisibilité nécessaire.

Elle avait passé deux semaines à se rendre ponctuellement au poste de police afin de rencontrer les inspecteurs en charge de son dossier, cherchant à savoir si de nouvelles pistes avaient été envisagées. La police affirmait qu’il s’agissait d’un cambriolage qui avait mal tourné et ne semblait pas encore être sur le point d’arrêter des suspects.

Un matin, adossée à un siège grinçant de la salle d’attente du commissariat, le regard perdu, Margaret sursauta et manqua de renverser son café en sentant une main lui tapoter l’épaule. Elle leva les yeux vers un agent de police et ne compris pas tout de suite ce qu’il lui disait :

- Pardon, pouvez-vous répéter ? demanda-t-elle l’air effrayé.
- Agent Patterson, Madame. J’ai remarqué que vous veniez tous les matins au poste de police depuis quelques temps. J’ai cru comprendre que votre dossier n’est pas une priorité pour l’unité en ce moment. Je me propose donc de vous aider… ajouta l’homme en uniforme.
- De quelle façon ? Interrogea Margaret surprise mais néanmoins intéressée.
L’agent lui glissa discrètement un morceau de  papier :
- Contactez-moi à ce numéro ce soir, 20 heures.

Margaret était repartie, le regard un peu hagard. La main, dans la poche de sa veste, étreignait ce bout de papier comme s’il s’agissait d’une pépite d’or.
- Bonsoir, j’attendais votre appel, dit l’agent.
Margaret était confinée dans une cabine téléphonique et écrasait nerveusement le combiné contre son oreille :
- Quelle est votre proposition ? Réussit-elle à articuler dans un souffle.
- Une copie du dossier de police concernant votre enquête en échange de 20 000 dollars, avant minuit.

Le lendemain matin, Margaret avait parcouru le rapport de police assez de fois pour ne plus avoir à l’ouvrir. Les inspecteurs insistaient sur la nature hasardeuse de l’agression. Ils semblaient croire que les cambrioleurs, pensant l’appartement vide, n’avaient pas vraiment réfléchi à leurs actes, et qu’une chose entraînant l’autre…
De l’ADN avait été retrouvé en plusieurs pièces de l’habitation. Les malfaiteurs devaient plutôt faire partie de la catégorie des amateurs au vu de leur façon de procéder.
Margaret en doutait. Durant cette nuit de calvaire, elle avait enduré la violence de ces deux hommes. Sa vie et celle de Jeff avaient donc été détruites « par hasard » ! Cet élément rendait le drame plus insoutenable encore.

La porte était massive, en acajou. La poignée lourde demanda un effort à Margaret lorsqu’elle l’agrippa pour pénétrer dans le bureau. L’atmosphère était neutre, presque impersonnelle. Une porte vitrée, se trouvant au fond du couloir, lui faisait face. La fenêtre du vestibule était entrouverte et Margaret pouvait sentir une petite brise s’y engouffrer. Elle pris place dans un des deux fauteuils en cuir brun. Ils étaient placés l’un en face de l’autre, séparés par une table basse inoccupée. Le silence de la pièce apaisait Margaret, elle avait l’impression de se trouver dans une bulle éphémère, totalement détachée du monde.

Dix minutes s’écoulèrent avant qu’elle n’entende le bruit des pas feutrés de l’homme qui s’avançait vers elle. Il était grand, avait le regard clair et profond.
- Madame Peers, je suppose. Veuillez me suivre s’il vous plaît.
Margaret traversa le long couloir, sur les pas du détective privé, en qui elle plaçait tous ses espoirs.
L’homme, d’une quarantaine d’années, en veston gris anthracite, la fit entrer dans son bureau et l’invita à prendre place sur l’un des sièges matelassés. Il ne la quittait pas du regard et semblait vouloir percer ses pensées les plus profondes.
- Que puis-je pour vous ? demanda-t-il enfin.
- Je veux connaître l’identité des hommes responsables de ma mort et de celle de mon mari, dit calmement Margaret.

L’entretien avec le détective arriva à son terme alors que le soleil commençait à décliner et l’air à se rafraîchir.
Cette conversation avait laissée à Margaret une impression d’irréalité. Cet homme avait été à son écoute et semblait sincèrement désolé des épreuves douloureuses qu’elle avait traversées.
Dix jours avaient suffit au détective privé pour remonter la piste des agresseurs de Maggie et pour les identifier formellement. Ils s’appelaient Benjamin Green et Stuart Vince. Les deux avaient déjà séjourné dans des pénitenciers pour des délits mineurs et semblaient s’être connus cinq ans auparavant. Ils formaient un duo atypique selon les témoignages recueillis par le détective. L’un était très sûr de lui, arrogant et méprisant. L’autre, plus effacé, cherchait surtout à assouvir ses nombreux vices.

Margaret était assise dans sa voiture de location. Elle était fortement agrippée au volant et respirait rapidement. Elle venait d’apercevoir les deux hommes enter dans leur bar habituel, « Le Pirate », et résistait à l’envie de démarrer et d’écraser l’accélérateur pour fuir cet endroit sordide.

Jour après jour, Maggie se plaçait en face du bar, attendait les deux hommes et les observait à travers la baie vitrée. Chaque instant passé à les épier lui donnait davantage de force pour ce qu’elle s’apprêtait à accomplir…

Ce soir-là, elle portait une robe rouge vif, qui lui moulait le corps. Elle avait des talons aux pieds et ses cheveux, devenus bruns, étaient relevés. Son maquillage était lourd, vulgaire.
Lorsqu’elle poussa la porte du bar, son estomac se noua. La salle était presque vide. Le comptoir qui comptait une dizaine de sièges n’était occupé que par le binôme qu’elle connaissait déjà.
- Bonsoir, une bière rousse, dit-elle au barman.
- Avec plaisir, Mademoiselle.
L’un des deux hommes la déshabillait, déjà, du regard quand elle entendit l’autre lui demander si elle passait la soirée seule.
- Oui, malheureusement, soupira-t-elle.
- Ca peut s’arranger, affirma l’homme aux larges épaules. Je m’appelle Benjamin et voici mon ami, Stuart !
- Je suis Irène, mentit Margaret en se rapprochant un peu de ses deux agresseurs.
- Tu penses que ton ami et toi auriez envie de passer un petit moment avec moi ce soir ? Susurra-t-elle.
- Tous les deux ? Demanda bêtement Stuart,
- C’est plus amusant à trois, lui confia Maggie en lui décochant un clin d’œil.

La voiture des deux hommes était délabrée et faisait le bruit d’une boîte de conserve que l’on frapperait contre un mur. Stuart était au volant et ne cessait de lancer des coups d’œil dans le rétroviseur. Benjamin, installé sur le siège passager fumait nerveusement. Margaret, quant à elle, serrait fort contre elle son sac à main et ne quittait pas la route des yeux.
Au bout de dix minutes, ils étaient arrivés au pied de l’immeuble où se trouvait l’appartement de Benjamin. Ils descendirent tous trois de voiture pour se diriger vers la grande porte qui donnait sur la cage d’escaliers. Le logement était sombre et sentait le tabac froid. Un tas d’affaires étaient parsemées ici et là.
Margaret avait fait en sorte de se trouver derrière les deux hommes. Elle brandit alors sa matraque électrique et envoya une décharge qui jeta Benjamin à terre. Stuart se retourna brusquement et se trouva menacé d’un revolver.

- Attrape ton copain et déplace-le au fond de la pièce ! Cria Maggie.
Effrayé, l’homme au regard vicieux agrippa le colosse et le traîna sur au moins trois mètres. Il était hors d’haleine lorsque Margaret lui ordonna de se déshabiller et de faire de même à son acolyte.
- Va te faire foutre, salope ! Hurla-t-il.
- Je te conseille de m’obéir si tu ne veux pas recevoir une balle dans tes bijoux de famille, siffla Margaret.
Le regard emplit de haine, l’homme s’exécuta.
Maggie lui lança une fine corde :
- Maintenant tu attaches les pieds et les mains de ton pote, bien serré et tu te poses à côté de lui !
- T’es qui pétasse ? Qu’est-ce que tu nous veux ? C’est Pedro qui t’envoie ? Interrogea le gringalet.
- Réveille ton copain, j’ai pas envie de perdre mon temps à me répéter.

Cinq minutes furent nécessaires pour le faire émerger. L’air perdu, il regardait autour de lui sans comprendre ce qui se passait.
- C’est quoi ce bordel ? Réussit-il à articuler.
- Monsieur nous fait enfin l’honneur de sa présence, argua Maggie. Ton pote aussi m’a posé la question, alors je vais être claire. Je suis ici parce que j’ai quelques comptes à régler avec vous deux. Oui, oui, ne soyez pas surpris, je vais vous rafraîchir la mémoire. Je suis la femme avec qui vous vous êtes amusés toute une nuit, il y a quelques mois. Vous avez aussi tué mon mari.
Les deux hommes se regardèrent furtivement. Ils se rappelaient parfaitement de cette femme.
- Trêve de bavardage ! Je vais, à mon tour, passer aux choses sérieuses, articula lentement Maggie.
Elle sortit deux couteaux de chasse de son sac :
- J’ai deux propositions à vous faire ; soit vous mourrez vite et sans souffrir, soit vous souffrez énormément mais gardez un espoir de vie. Quelle option choisissez-vous ?

Margaret détacha Stuart, lui tendit un des couteaux, puis lui ordonna de libérer Benjamin et fit glisser la seconde lame dans la direction de ce dernier.
- Chacun de vous va couper un bout de flanc à l’autre et le manger ! Lorsque je jugerai cette étape satisfaisante, je vous ferai part de la suite du programme.

Cette séance de dégustation se joua pendant une heure. La moquette était imbibée de sang et les deux hommes commençaient fortement à décliner. Margaret les avait contraints à se manger l’un l’autre et les avait regardés mourir l’un après l’autre.

Il était plus de six heures du matin lorsqu’elle claqua la porte de l’appartement funèbre et se dirigea à pieds vers le cimetière où demeurait Jeff. Elle n’avait pu être présente à son enterrement et était sur le point de le visiter pour la première fois.

Sa tombe était située à l’extrémité d’une des allées, derrière un chêne qui semblait centenaire. Il faisait beau et les oiseaux gazouillaient avec entrain. Margaret se rappelait le soleil généreux qui avait accompagné sa cérémonie de mariage et sentait presque l’odeur des roses fraîches qui jonchaient alors la pelouse du jardin.
Elle déposa une lettre sur la pierre tombale en marbre, sortit une fiole de sa poche et en vida le contenu d’une traite.
Elle rendit son dernier souffle alors que ses pensées dansaient à nouveau avec celles de Jeff.




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